Pixels de suivi dans les mails : ce qu’il faut savoir (et comment être en règle avec la CNIL)

Mails consentement au pixel de suivi

Depuis mi-juillet, votre boite mail déborde de message du type « Information relative à vos emails » ou « Mise à jour de notre politique de confidentialité » avec la même question qui revient : « Acceptez-vous les pixels de suivi ? ».

Sur les forums, ça pose question, ça inquiète parfois, et à raison : on nous demande notre avis sur un truc qu'on ne voit jamais et dont personne ne nous a vraiment expliqué le fonctionnement.

On a lu la recommandation de la CNIL (le vrai document juridique, pas la version simplifiée qui traîne sur les réseaux), et on vous a préparé une explication claire.

Objectif : que vous compreniez ce qui se passe, que vous sachiez si vous devez vous inquiéter... et que les pro parmi vous sachent exactement quoi faire.

 

C'est quoi, un pixel de suivi ?

Un pixel de suivi, c'est une toute petite image, invisible à l'œil nu, glissée dans un mail. Quand vous ouvrez le message, l’image se charge automatiquement et cette action envoie une info : le mail a été ouvert, à telle heure et sur tel appareil.

C'est un peu comme un accusé de réception invisible. Vous ne le voyez jamais, vous ne cliquez sur rien, mais dès que vous ouvrez l’email, le pixel se déclenche.

De son côté, l’expéditeur ne reçoit pas une alerte en temps réel à chaque ouverture. L’info est simplement enregistrée dans son outil d’e-mailing et peut être consultée plus tard.

Rassurez-vous aussi sur un autre point : un pixel de suivi ne lit pas le contenu de vos messages et n'accède pas à votre ordinateur ou téléphone.

 

À quoi ça sert, concrètement ?

Il y a plusieurs usages possibles :

  • Vérifier que le mail est bien arrivé (la fameuse « délivrabilité »). Un expéditeur qui envoie des newsletters a besoin de savoir si ses mails tombent bien dans votre boîte de réception et pas dans les spams, pour nettoyer sa liste de diffusion.  
  • Mesurer l’efficacité d'une campagne : combien de personnes ont ouvert le mail, à quel moment, pour ajuster la fréquence d'envoi ou le contenu.
  • Personnaliser la communication : vous proposer des contenus adaptés à ce que vous ouvrez, ce qui vous intéresse.
  • Créer des profils pour vous recibler ailleurs sur des sites, des réseaux sociaux, d'autres canaux.
  • Détecter des comportements suspects, par exemple des inscriptions massives et automatisées à un jeu concours.

Certains usages sont plus intrusifs que d’autres, notamment la création de profils pour du reciblage publicitaire. Dans la pratique, la plupart des marques s’arrêtent au premier niveau : elles regardent simplement leurs statistiques d’ouverture globale pour savoir si la campagne a fonctionné.

Construire un profil détaillé de vos habitudes ou lancer des campagnes ultra-personnalisées en fonction de vos ouvertures, ça demande des moyens et un usage beaucoup plus poussé. Toutes les marques ne le mettent pas en place.

 

Pourquoi je reçois autant de mails là-dessus d'un coup ?

Si tout le monde s'y est mis en même temps, vous vous doutez que ce n’est pas une coïncidence. La réponse est simple : tout le monde a la même deadline.

Le 14 avril 2026, la CNIL (l'autorité française qui protège nos données personnelles) a publié une recommandation officielle sur les pixels de suivi dans les mails.

Concrètement, chaque entreprise qui utilise des pixels dans ses mails doit désormais :

  • vous informer clairement de leur utilisation,
  • recueillir votre consentement explicite pour les usages qui le nécessitent,
  • et vous laisser la possibilité de refuser aussi facilement que d'accepter.

La CNIL a donné un délai de mise en conformité de 3 mois aux entreprises pour s'adapter et informer leurs contacts déjà existants. Ce délai arrivant à échéance mi-juillet 2026, beaucoup d’entreprises se sont mises à jour en même temps, d’où le pic de sollicitation que vous avez vu passé.

Et si vous continuez à en recevoir maintenant que le délai est passé ? C'est tout simplement que certaines entreprises sont en retard sur leur mise en conformité et rattrapent le coup. Pour vous ça ne change rien.

 

Est-ce que je dois refuser ?

Il n'y a pas de bonne ou mauvaise réponse, ça dépend de ce que vous êtes prêt à partager.

Voici de quoi vous aider à trancher :

Vous pouvez accepter sans souci si vous appréciez la marque en question et que cela ne vous dérange pas qu'elle sache que vous lisez ses mails.

Vous pouvez revenir sur votre choix à tout moment et refuser plus tard si vous préférez que personne ne sache si vous avez ouvert les mails.

Refuser n'empêche pas de recevoir les communications, ça empêche juste le suivi individuel de vos ouvertures.

Attention à ce qui n'est pas concerné : les mails dits « transactionnels » (confirmation de commande, facture, réinitialisation de mot de passe, suivi de colis...) n'ont pas besoin de votre consentement pour utiliser un pixel, car ce sont des mails que vous avez explicitement demandés en interagissant avec le service.

En résumé : votre choix n'a aucune conséquence sur la réception des mails, seulement sur la capacité de l'expéditeur à savoir si vous les ouvrez. Vous pouvez donc décider en toute tranquillité, sans crainte de "punir" une marque que vous appréciez en refusant.

 

Pour les professionnels : ce qu'il faut vraiment faire

Si vous envoyez des campagnes emailing, voici la check-list à connaître pour vous mettre en conformité avec la recommandation de la CNIL :

1. Distinguez ce qui reste possible sans consentement et ce qui l'exige

Ce qui reste possible même sans consentement : mesure d'ouverture strictement liée à la délivrabilité (nettoyage de bases, adaptation de fréquence, sécurité de l'authentification, mails transactionnels)

Ce qui exige un consentement explicite : mesure de performance de campagne, personnalisation poussée, création de profils, reciblage publicitaire.

 

2. Recueillez un consentement clair, spécifique et distinct

Le consentement au pixel doit être séparé de celui donné pour recevoir vos communications.

Concrètement, ça veut dire modifier vos formulaires de collecte (formulaire d'inscription newsletter, formulaire de contact, création de compte...) pour ajouter une case dédiée, distincte de la case "j'accepte de recevoir vos communications".

Le "non" doit être aussi facile à donner que le "oui", ce qui signifie :

  • que la case doit être décochée par défaut (l'utilisateur doit faire une action volontaire pour accepter, pas l'inverse)
  • que son intitulé doit être formulé positivement, du type "J'accepte le suivi de l'ouverture de mes mails".

Dans tous les cas, le silence de l'utilisateur doit être interprété comme un refus, jamais comme un accord tacite.

Formulaire newsletter - optin pixel de suivi

Exemple de formulaire qui intègre le consentement au pixel de suivi

 

3. Prévoyez un lien d’opposition dans chaque mail

Le pied de page de vos mails doit permettre de retirer son consentement en un clic, sans avoir à ressaisir son adresse ou remplir un formulaire.

Pied de page mail - refus pixels de suivi

Exemple de pied de page de mail qui intègre un lien de refus des pixels de suivi

 

4. Conservez la preuve du consentement

Pour chaque contact, vous devez pouvoir démontrer qu'il a bien donné son accord, quand, et pour quelle finalité.

Exemple avec Brevo : en activant le consentement au suivi par pixel, Brevo crée 3 attributs par contact : statut du consentement, date, et source. En filtrant votre liste dessus, vous obtenez une première base de preuves.

En complément, gardez aussi une trace du formulaire exact présenté au moment du consentement.

Brevo - liste contact pixels suivi acceptés

Liste de contacts filtrée en fonction du consentement aux pixels de suivi sur Brevo

 

5. Vérifiez les paramètres de votre outil d'emailing

Les grandes plateformes d’emailing (Brevo, Mailchimp, etc.) ont adapté leurs interfaces pour proposer une gestion du consentement pixel par contact. Prenez le temps de configurer ce paramètre plutôt que de subir un suivi "tout ou rien" sur toute votre base.

Sur Brevo par exemple, direction Paramètres > Contacts > Consentement au suivi par pixel par contact. Une fois activé, vous devez choisir un comportement par défaut pour les contacts dont vous ne connaissez pas encore l'avis :

  • "Oui" : ils continuent d'être suivis pendant que vous collectez progressivement leur consentement (pratique en transition, mais à limiter dans le temps).
  • "Non" : ils ne sont pas suivis tant qu'ils n'ont pas dit oui explicitement (plus prudent, mais vous perdez de la visibilité en attendant).

Cette activation s'applique automatiquement à tous vos canaux d'envoi : campagnes, automatisations, et transactionnels via SMTP ou API. Une fois réglé, Brevo se charge de ne déclencher le pixel que pour les contacts ayant dit "oui", sans que vous ayez à trier votre base manuellement.

 

Brevo - paramètrage du consentement au pixel de suivi

Paramètrage du consentement au pixel de suivi sur Brevo

 

6- Rattrapez le retard sur vos bases existantes si ce n'est pas déjà fait

Le délai de 3 mois pour informer vos contacts existants a expiré mi-juillet 2026.

Si vous n'êtes pas encore en conformité, il n'y a plus de tolérance : Passé ce délai, utiliser vos pixels sans consentement valide est une non-conformité, un vrai risque en cas de contrôle.

Voici comment rattraper la situation :

  • Coupez le suivi individuel des contacts sans consentement valide, sur les finalités non exemptées (mesure de performance, personnalisation, profilage).
  • Lancez une campagne de recueil de consentement rétroactif (sans pixel soumis à consentement dedans) : le consentement recueilli maintenant reste valide pour la suite.
  • Documentez cette mise à jour : gardez une trace de la date à laquelle vous avez coupé le suivi non consenti et de la campagne de rattrapage envoyée, ça montre votre bonne foi en cas de contrôle.

Si vous étiez déjà dans les clous avant l'échéance, ce point ne vous concerne pas !

 

Ce qu’il faut retenir

  • Un pixel de suivi, c'est une image invisible qui indique à l'expéditeur si, et quand, vous ouvrez un mail.
  • Certains usages (délivrabilité, sécurité, mails transactionnels) ne nécessitent pas votre accord.
  • D'autres usages (mesure de performance, profilage, reciblage) demandent votre consentement explicite, distinct de celui donné pour recevoir les mails.
  • La vague de sollicitations actuelle vient de l'échéance réglementaire du 14 juillet 2026 fixée par la CNIL, pas d'un problème particulier.
  • Refuser ne vous prive de rien : vous continuez à recevoir vos mails normalement.
  • Pour les pros, la conformité passe par un consentement clair, un refus aussi simple que l'acceptation, une preuve conservée, et un audit de vos outils d'emailing.

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